LA STRATEGIE DES ELITES

LA STRATEGIE DES ELITES

Chez les Laris, au Congo où je suis né, on m’a appris que pour agir efficacement et remporter des victoires, il faut utiliser «  la stratégie de l’élite » (Mayéla mâ ntou).

Cela dans tous les domaines et plus particulièrement dans la lutte politique.

Cette intelligence est d’autant plus nécessaire que le monde des gouvernants est traversé par  un vent violent de grandes incertitudes qui les oblige à anticiper pour se mettre à l’abri. Sassou n’est pas en reste. Deux effets d’annonce en disent long.

D’abord, au Conseil des ministres de son gouvernement, ils ont annoncé un plan pour enfin éradiquer la misère des Congolais. Ouf, il était temps de penser aux pauvres Congolais après près de trente ans d’exercice du pouvoir! Mais même là, on ne sait encore rien du contenu de ce programme. Quand on sait que la césarienne gratuite qui fut la mesure phare du discours de Sassou Nguesso le 15 août dernier n’est , à ce jour, toujours pas mise en pratique ; il faudrait donc que les Congolais attendent encore trente ans pour voir enfin l’eau arriver dans les maisons!

Ensuite, l’épouse de Sassou et le fils de Sassou diffusent jusque dans les groupes de prière, même à Paris, la parole du père Sassou : “Sassou ne se présentera plus à la présidence du Congo sauf si le peuple le lui demande!

Quand on sait qu’aux dernières élections, il a organisé un tour du Congo pour s’entendre dire dans les régions par les activistes patentés : “ papa sassou continuez de commander le Congo”. Lorsqu’on sait que Sassou, le communiste, le militaire, le comploteur de la mort de Ngouabi (qui lui a mis le pied sur l’étrier politique), l’assassin des opposants (par poison ou autres ficelles), n’a jamais été un homme de parole, on ne peut que ranger dans le champ de la séduction politique, (une de plus), une telle campagne orchestrée par l’homme d’oyo à travers son épouse et son fils.

Mais il y a une lecture plus intéressante qu’il faut faire. Sassou voit arriver sa fin. Il sait que le peuple congolais, qu’on croit endormi, le ventre affamé, est un peuple dangereux. Il peut se réveiller à tout instant, comme se réveille un volcan et créer le plus grand tsunami que personne n’attend. Alors, pour parer à de telles éventualités, il joue sur les effets d’annonces : développer enfin le Congo et promettre qu’il n’y aura plus de raisons de vivre dans la pauvreté et assurer aux opposants qu’il ne briguera plus un mandat présidentiel.

Comme les Congolais aiment la prière, alors son fils et son épouse vont dans les cellules de prière pour aller polluer l’esprit des chrétiens qui recherchent la paix que le monde de leur pays ne pourra, même pas un peu donner!

Pour libérer le peuple d’une telle imposture, il faut tout lire et entendre à l’envers et rassembler la force tranquille devant laquelle ne résistent pas les forces des ténèbres qui dirigent le Congo du chaos vers l’enfer.

Devant un tel mépris de tout un peuple, peut-il venir quelque chose de bon des élites (des ntous)? Comment peut-on être à la fois élite et concerné par la souffrance de son peuple qui est abandonné? Il reste un malentendu à lever. Le ntou n’est pas forcément celui qui a fait de longues études, mais celui ou celle dont la sagesse du comportement permet d’être agrégé aux autres ntous pour former les bantous. Cette compréhension est toute répandue de l’Afrique du Centre jusqu’en Afrique du Sud. Pour l’avoir eu, les anciens ont résisté à se corrompre et à travailler avec ceux dont le commandement avilissait le peuple, comme on le voit actuellement.

Cette non-coopération n’est pas facile surtout dans l’état actuel du Congo où l’Etat de Sassou est l’employeur unique de la majorité des Congolais. Mais même pour ceux qui se sont corrompus, il y a temps où la prise de conscience oblige à réviser sa vie politique et à se démarquer d’un mode de gouvernement sans partage des richesses avec tout un peuple que l’on a affamé depuis plus de trente ans. Nul ne peut-être condamné à l’immobilisme. Mais il ne faut jamais laisser passer le temps favorable où il est encore possible de rejoindre le peuple et de travailler pour ceux qui sont devenus les parias de la République. il faut racheter le temps et faire œuvre noble, utile et digne du ntou, de l’élite.

Une autre hypothèque est à lever : doit-on s’impliquer dans un monde politique déchu, où la corruption est dans chaque geste et dans chaque mouvement ?

Attitude de démission très tragique dans ces temps d’extrême souffrance qui risquent de voir disparaître notre pays dont les villages sont de plus en plus habités par des étrangers faute des fils du pays obligés de s’exiler à l’étranger pour survivre. Chez beaucoup de chrétiens que je rencontre, je découvre cette démission aux conséquences irréparables. Or, plus que jamais, nous sommes entrés dans l’ère du levons-nous et bâtissons! Là est la véritable économie chrétienne face à un peuple en danger de mort. Il est nécessaire, pour ces chrétiens et d’autres qui hésitent de garder toujours à l’esprit qu’il n’est aucun domaine de la vie des hommes où Dieu ne peut dire c’est à moi!

Nous entrons dans cette phase de la lutte où agir selon le mayéla mâ ntou, est devenir un ramasseur des cailloux et des pierres qui rendent difficile le chemin par lequel le peuple doit passer.

Ainsi, l’élite ôte les obstacles qui pollue la vie de la nation. C’est aussi assumer la vocation d’éclaireur et de veilleur quand l’épuisement et la grande fatigue endorment où installe dans une servitude une large partie des enfants de notre terre.

Mayéla mâ ntou, invite également chacun de nous à devenir des réparateurs des brèches et des médiateurs entrent des familles qui sont séparés par des conflits créés par ceux qui en profitent.

Il y a urgence à se retrouver, à se parler, à élaborer  des stratégies , mais avec l’intelligence de l’élite qui aime à savoir qu’elle a un ennemi qui a construit sa puissance sur la peur de tout un peuple devenu esclave. C’est avec le Mayéla mâ ntou qu’il sera combattu et vaincu pour le bien-être de cette génération et des générations qui viendront, celles de nos enfants, petits enfants et arrières petits enfants. Je parle des générations qui se souviendront de nous selon nos œuvres, pour nous maudire ou pour nous bénir!

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