La Création d’un peuple de mendiants au Congo

La Création d’un peuple de mendiants au Congo

Plus je traite de dossiers de Congolais au sein de mon cabinet,  plus je constate avec dégoût,  à quel point ceux qui dirigent ce pays ont mis en route une entreprise de démolition du sens de l’entreprise et de la responsabilité de tout le peuple du Congo. Ils en font des mendiants purs et simples.

Pour preuve le dossier de Mademoiselle X : je la défends à la Cour nationale de droits d’asile.  Elle me raconte son histoire par le menu. Un dignitaire voulait l’utiliser pour empoisonner un opposant. Le fardeau est lourd pour sa conscience. Elle préfère fuir. Mais évidemment, elle n’est plus en odeur de sainteté avec les gens du pouvoir. Solution : fuir le pays. Mais comment ? Ne vivait-elle pas, avant,  des enveloppes qu’on lui amenait à Bacongo chez elle, ou encore dans les hôtels à la fin des ébats amoureux avec un conseiller de la présidence.

Là, une autre dame très respectueuse qui se rappelle qu’un dignitaire ami de son père l’a prié de passer le voir, non pas dans son bureau, mais à l’hôtel où il avait l’habitude de recevoir les gens. Elle arrive, une file de vieux, de moins vieux. Chacun part avec une enveloppe. Elle doit passer en dernier, on devine bien pourquoi. Quand, elle arrive, son enveloppe est prête. Elle est plus grosse que celle donnée aux parents et courtisans. A l’intérieur, des billets neufs et de grande coupure. De quoi, aveugler une jeune fille. Avec le recul de l’âge, elle se dit : quel travail ai-je fait pour avoir droit à des enveloppes dont chacune dépassait le salaire d’un cadre supérieur au Congo ?

Quand je converse, dans le secret, avec mes amis du nord du pays, j’apprends que quand Sassou se déplace dans les villages, il y a une malle d’argent à l’arrière dans un véhicule spécial du cortège. Dès que le cortège démarre, il puise dans la malle et jette derrière lui des billets que le peuple si respectable des vieux aux jeunes se dispute, en véritables mendiants.

On me raconte une de ses soirées à Mpila où des griots du pouvoir chantent ses honneurs. Quand il apparaît, c’est toute une magie mystificatrice autour de sa personne. Tout le monde doit crier « le chef » en mbochi. Les ministres cherchent à être bien vus par lui. Quand il part, il jette des billets en direction des artistes qui, là aussi, s’affolent et se disputent le butin.

Mieux, dans la rue, les jeunes gens sont devenus des chasseurs de chair fraîche pour les grands en échange de petites enveloppes. Lorsque, à Brazza, tu entends Grand, cela signifie qu’il s’agit d’un personnage qui a des moyens, qu’il distribue aux jeunes en échange des avantages. Cette pratique a banalisé la prostitution, des parents mêmes incitent leurs jeunes filles à ce commerce. Dans des parcelles, il y a des chambres par l’arrière cour où les grands viennent sans scrupule et à l’allée, ils versent une somme sous enveloppe pour  laver l’honneur des parents.

Que de misères apportent ces enveloppes! La musique congolaise des deux rives qui était la grande fierté africaine s’est réduite en onomatopée qui célèbre le nom de ces grands distributeurs d’enveloppes.

Les liens familiaux sont appauvris, car il n’y a plus le sens de la responsabilité et du travail. il suffit de connaître un ministre et un député ou le grand chef. Il suffit de passer les voir pour ressortir avec une enveloppe. Une question est utile à poser, même si l’on sait que personne ne prendra la peine d’y répondre : d’où vient cette masse d’argent qui n’est encadrée par aucune comptabilité publique ?

Avec le Congo de Sassou, c’est l’abus des biens, des fonds et des valeurs publics qui se généralisent. L’entreprise politique de construction d’un peuple de mendiants est en  place et bien rodée. Demain, il faudra un véritable réveil pour obtenir un éveil des consciences sinon, ce sera la destruction de ce peuple, hier travailleur, fidèle et fier, qui se vérifiera. L’état mental du Congolais et de la Congolaise s’est réduit à consentir à sa pure perte.

Le sens de l’effort et la dignité de la réussite n’existent plus.

outes ces pratiques sont ignobles. Il nous faut réagir et recommencer l’éducation qui enseigne l’effort, la dignité et non la paresse et la mendicité.

Vanité des vanités, tous ces moyens de corruption ne sont que vanité que le vent de la vérité emportera!

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