Je vous salue, Monsieur TCHIBINDA, organisateur de ce colloque qui s’affirme en s’introduisant par cette question : la tribalité peut-elle être le soubassement du développement du Congo?
Répondre par oui ou par non, devient bien plus grave que ne pas répondre.
Pourtant, je dois vous le dire : en acceptant de venir intervenir à votre colloque, j’ai déjà répondu à votre question. C’est la réponse, qu’il vous faudra découvrir au fur et à mesure que ma pensée se déroulera devant vous.
Monsieur le Président Aimé MATSIKA , en acceptant la charge de présider ce colloque, vous avez pris un grand risque. Le risque d’être interrogé par une jeunesse qui estime que si ce Congo est tel qu’il est devenu, vous en êtes en grande partie responsable!
J’attends personnellement que vos mémoires éclairent de votre vivant, ces zones d’ombres où, lorsque je cherche à les comprendre, je vous aperçois en acteur négatif, allant à l’encontre du sens du progrès du Congo, notre pays à tous.
Je vous félicite pour avoir le courage d’être le président d’un tel colloque avec un tel thème!
Je remercie chacun de intervenants pour la part de leurs connaissances, de leurs recherches, de leur engagement et de leur pensée que, si gracieusement, ils viennent de mettre à notre disposition pour appeler à cette rupture politique qui manque depuis cinquante ans d’indépendance, dans la gouvernance de notre pays.
A mes chers compatriotes du Congo et d’Afrique : ce thème ne peut vous laisser indifférent, puisque dans l’essence même de ce présent débat, le Congo offre l’image d’un laboratoire dont l’intelligence peut renouveler l’Afrique
Vous m’avez fait l’honneur de m’inviter à m’exprimer sur un sujet qui nous tient tous à cœur, car nous sommes de plus en plus nombreux à espérer la fermeture de la parenthèse du sang dont parlait Sony Labou Tan’si pour construire au Congo un avenir durable, fraternel et fier de sa paix.
Mais, votre thème si précieux à mes yeux est aussi délicat et peut-être difficile à cerner même par les organisateurs.
J’ai entendu beaucoup d’errances. Mais je comprends bien que si on veut traiter de la tribalité comme fondement de la construction de notre pays, c’est inévitablement le tribalisme qui vient voiler notre intelligence.
Quoi d’étonnant ! Faudrait-il qu’un peuple fasse l’impasse sur ses années de la terreur commandée par l’instrumentalisation des liens d’un individu ou d’un groupe d’individus avec sa tribu ?
Ne commence-t-on pas par l’empathie avec celui qui souffre, si l’on veut que les fastidieuses analyses, radiographies, scanners… soient supportées par le malade ? Analyses indispensables pour déterminer la pathologie, déterminer thérapie et posologie nécessaires à sa guérison ; et que lui-même se discipline à rechercher activement sa guérison.
I – Tribalisme, un crime
Ceux de ma génération ont tremblé de terreur à cause de MAKALA où sous le prétexte de l’incrimination souvent injustifiée de « contre révolutionnaire » le Congo a perdu des cadres et des intellectuels qui auraient servi à soutenir l’effort de construction du Congo.
Les meilleurs de cette génération, comme MATSOKOTA, sont tombés certes à cause des rivalités politiques, mais une analyse plus profonde, convainc bien, que le tribalisme fût une des causes de cette anthropophagie politique et criminelle des enfants instruits de notre pays. Rappelons nous la période où le tribalisme a brisé des liens vitaux entre les Laris et les Kongos pour soutenir le régime de Massamba Débat qui est mort, comme est mort son régime : sans laisser des traces.
J’ai connu aussi la période du Yaka noki noki ticket na yo ékofoutama awa na Brazzaville (Viens vîte, ton billet sera payé ici à Brazzaville), sous le régime de Marien Ngouabi. Il fallait absolument occuper tous les postes de l’administration par des ressortissants du nord du pays. Il fallait donner les bourses aux ressortissants du nord.
De cette période, j’ai le souvenir des Congolais du sud qui ont changé leur nom en le préfixant par un augment particulier comme O. Ainsi, à l’image d’Okombi, on trouvait des Okounkou. Mieux certains produisaient des faux en écriture, pour être un de ceux qui étaient au pouvoir. C’est à ce prix qu’ils avaient droit au salut social et politique.
La région du Pool est devenue, à partir de ces moments et jusqu’à présent, la région abandonnée selon le rapport Caritas et ses habitants des parias de la République du Congo.
Ngouabi n’a pas compris, que même en politique l’avertissement de Jésus valait encore : « l’homme aura pour ennemi, les gens de sa maison ». Selon la littérature disponible, lorsque Sassou et ses complices vont orchestrer sa mort, Ngouabi sera loin de se douter que ceux qu’il a appélé « noki noki » en politique et au pouvoir, comme Sassou, ne méditaient de tout temps que sa disparition noki – noki (vite,vite).
Quand Lissouba va régner sur le Congo, le monde entier saluera l’intellectuel voulant faire entrer le Congo dans la phase de la prospérité semblable à la Suisse. N’avait-il pas promis de faire du Congo la petite Suisse?
Mais le démon du tribalisme va le rattraper. Un tribalisme farouche contre les Laris et plus généralement contre ceux du Pool, va animer une grande partie de son régime. Ceux, que certains ont coutume à encenser, comme les MBAOU, s’ils ont une conscience, savent bien ce que signifie éventrer une femme lari enceinte et s’asperger du sang innocent du fœtus avant de le piler dans un mortier !
Ils savent combien de morts ont fait toutes les rafles organisées par le pouvoir qu’ils ont servi. Ils savent quels dégâts ont causé le mythe de la tribu-classe. Une création idéologique au service d’une politique embryonnaire d’eugénisme.
Mais avant de la faire aboutir, Lissouba qui a semé la guerre tribale, a été emporté par une autre guerre tribale : celle de Sassou (je ne sais plus combien II, III ou IV).
Sous Sassou, sous un saupoudrage, national, se cache un désir implacable d’empêcher le Pool de prospérer. Beaucoup de tracés de route qui devaient traverser le pool ont été suspendus à cause de cette haine cachée du pouvoir de Sassou.
Plusieurs manipulations politiques ont fait émerger des personnages comme NTOUMI pour hanter la région, mais aussi montrer à l’opinion internationale que le problème du Congo, c’est le Pool ; il est donc normal que cette région soit maintenue dans cette situation de misère.
Cette stratégie de tyran, le rend passible d’une cour de justice ad hoc, lui et ses lieutenants comme NTOUMI.
Mais ce que j’ai découvert est plus grave encore.
Par tribalisme interne, un génocide est en train de se commettre sous les yeux des Congolais. Sassou a fait de la grande majorité des mbochis, surtout les mbochis d’Ollombo ses porteurs d’eau. Parmi eux sont recrutés des jeunes gens qui vont donner la mort au Pool au Congo même. Ces jeunes gens vont perdent leur vie dans cette guerre qui ne sert que les intérêts du pouvoir de Sassou.
Les parents des victimes de cette guerre ne sont pas indemnisés. Dans les camps para militaires, ces mbochis suivent des entraînements qui les bestialisent pour se préparer à faire la guerre aux Congolais! (à lire dans mon article le génocide mbochis sur le site cap-congo.org)
La folie du tribalisme a conduit Sassou et ses troupes au génocide du Congo, qui a commencé sa vie internationale par une guerre tribale, limitée certes à Brazzaville, mais tout de même pour les années 59, ce fut une guerre entre mbochis et laris!!!
Quand j’aurai étalé toutes les blessures causées au Congo par tous ces criminels dont le pouvoir est la seule raison de vivre, aurais- je parlé de la tribalité ? Certainement pas ! Tel est le tribalisme, un crime punissable !
II – Le meilleur de la tribu : la tribalité
la tribalité est la politique d’honneur qui grandit l’âme d’une nation.
L’un est le çà de la vie politique, l’autre est la vie de la politique. Si le tribalisme tue la tribu et la nation qu’il gouverne comme n’étant qu’une seule et même tribu dont il serait le chef, la tribalité est, au contraire la gouvernance qui donne vie à la nation à partir du substrat des institutions et des natures et qualités des liens qui font vivre en cohérence les tribus de façon multiséculaire.
L’exploitation de la tribu par un individu, à ses propres fins d’accession ou de maintien d’un pouvoir, nous empêche-t-il de penser « l’après » de ce criminel?
Il passera, comme sont passés avant lui tous ces criminels qui, de par le monde, se sont crus les dieux de leur petit peuple, mais le Congo demeurera, de générations en générations, l’héritage à laisser à nos enfants
Le tribalisme, avec sa cohorte des malheurs qui continuent d’accompagner ce vieux Congo, est cet ancien qui doit disparaître et va à sa perte, pour laisser place au Congo nouveau. Le Congo nouveau que nous avons charge d’accueillir se construit par un élan solidaire dont est capable la tribalité. C’est le rude combat qui sollicite de chacun de nous, d’être le meilleur du monde dans son domaine et à sa place.
Etre la tête, c’est-à dire l’élite est la vision de l’éducation de la tribalité : être des ntous ( les têtes). Partant de là, se comprend très bien l’étymologie des ba-ntous : les têtes du monde, c’est-à-dire l’élite qui est la lumière du monde. Cette compréhension est lumineuse et nécessaire, car elle forge l’être du Congolais.
Pour un pays ruiné comme le Congo, elle intègre en chacun de nous la conscience d’être une élite mise à part pour bâtir une société nouvelle qui servira de laboratoire à l’Afrique entière. C’est du fond des ténèbres que l’on aspire à la lumière. Du fond des ténèbres où le Congo est plongé, les Congolaises et les Congolais comprendront-ils enfin que c’est à la remise à la position d’élite que travaillent tous ceux qui me rejoignent au sein d’Initiatives Africaines?
Aspirer à cette excellence de la tribalité, n’est-ce pas cette responsabilité qui nous est commune, à vous et à moi chers Compatriotes.
Ce qui nous divise n’est-il pas moins important que la construction de la tribalité qui nous appelle à nous unir?
Plus qu’un mot d’ordre To Bongisa Mboka (T.B.M.), ne deviendrait-il pas notre devise de travail et notre mode de vie à transmettre à nos enfants?.
Si vous avez conscience d’être ntou, membre de l’élite congolaise, travaillez donc à produire des œuvres dignes de l’élite, sortez donc des comportements et des fonctionnements typiques des tribalistes, refusez donc les avantages par lesquels ils vous font complices de leurs crimes!
Le politique que je suis a besoin que les historiens traduisent en chiffres et en écrit, le nombre incalculable des victimes politiques et économiques du tribalisme au Congo et peut-être en Afrique ; comme on continue à calculer le nombre des victimes du nazisme afin d’en punir les coupables à partir d’une incrimination bien établie. C’est un système de mise en servitude des peuples que les Nations-Unies devraient stigmatiser, condamner et sanctionner sous le visa du génocide.
Il est important d’en prendre conscience pour que de nouvelles générations d’hommes et des femmes politiques cherchent à tout prix à en sortir.
Pour sortir du tribalisme, il faut revenir à la tribu. Mais, cette invitation n’a pas pour but de faire du Congo une tribu. Non. Il s’agit d’extraire le meilleur de la tribu pour découvrir son principe actif qui la maintien à temps et à contre temps. Autrement dit, ce meilleur est la norme politique qui fait de la tribu un espace sûr, malgré toutes les difficultés de vivre, liées à l’existence humaine.
Cette observation sociologique en laboratoire politique nous aidera à découvrir certainement que cette norme est le lien de la confiance.
Ce lien de la confiance autorise de s’abandonner dans une relation où le penser à l’autre est plus important que le penser à soi. Car, le penser à l’autre est le moteur qui, nécessairement par obligation rotative, pousse la communauté entière à penser à toi.
Au regard de l’acte politique, penser à l’autre qui est le peuple amène le peuple à penser à toi qui travaille pour le servir. C’est un axiome politique. Il ne signifie nullement qu’il faille faire vœu de pauvreté. Bien au contraire, il faut tout le confort qui permet de garder sa position politique. Mais, il s’agit d’une éthique de la responsabilité politique qui respecte le bien public et la part du peuple que la tribalité rend possible.
Cette éthique de la responsabilité politique inaugure une relation où l’être précède l’avoir. Elle place de la sorte, l’éthique au rang des valeurs cardinales qui font vivre et coopérer, dans la confiance, les enfants d’une même une nation formée d’hommes et de femmes heureux et résolus de vivre ensemble, de travailler ensemble, de construire et de coopérer ensemble.
Par ce lien, ils entrent en mariage (ou en cousinage) social, politique, économique ou symbolique sans se sentir en danger de divorce, d’infidélité ou de trahison.
Intégrer dans la recherche des liens fondés sur la confiance fera du Congo, ce pays stable au long cours que nous appelons de tous nos vœux.
Cette intégration aidera à maîtriser les relations d’une tribu à une autre. Nous prendrons en compte la formation du traité politique d’une tribu avec une autre pour sceller des alliances et tisser des liens diplomatiques qui demeurent.
Partant, les Congolaises et les Congolais que je rencontre et qui doutent d’eux-mêmes, une fois libéré de ce doute et de la méfiance tribaliste dirigée envers les autres Congolais, vont par ce lien de la tribalité devenir des bâtisseurs de notre nation.
En découvrant donc la tribalité de la tribu, nous nous attèlerons à construire la nation congolaise.
Mais pour y arriver, il faut passer du vieux monstre du tribalisme à la tribu, de la tribu à sa tribalité.
C’est à ce prix, cher Monsieur Tchibinda, qu’à votre question, je réponds, oui ! la tribalité sera ce lien inaltérable qui construira la nation congolaise : lien de confiance et d’amour par lequel se forge la virtu congolaise (force et puissance).
D’ailleurs, ce que l’homme a reçu de beau, il l’a reçu au commencement : ne lit-on pas dans la bible, que la tribu, après la famille, produit la tribalité, ce socle sociétal sur lequel se construit toute une société?
La question qui se pose à nous à présent est : comment et par quel moyen la tribalité devient l’acte de reconstruction d’un Congo ruiné par l’immaturité de ceux qui ont fait fonction, jusqu’à présent, de Présidents et de Ministres?
Considérons la puissance de l’acte de la communauté politique d’abord.
III - Tribalité, Puissance de la communauté politique
Ce présent colloque rend service aux Congolais, mais par-delà les mers, c’est à tous les Africains qu’il s’adresse. Ils ne savent pas, et même plus, comment vaincre ce Léviathan qu’est le tribalisme.
Prenez-vous bien conscience de la signification politique de l’acte que vous êtes en train de poser à chaque minute de ce colloque ?
Saviez-vous que vos pères dans le royaume kongo furent si ingénieux qu’ils réussirent une gouvernance politique par le lien unique et exclusif de la tribalité?
Si vous ne le saviez pas, ce que vous ignoriez, je vous l’apprends. Les douze tribus qui composaient le royaume, ont réussi à créer, par le lien de confiance, un royaume Kongo puissant dont la cohérence politique interne était telle qu’il eut un rayonnement international très grand.
Parmi les pays où le royaume envoya des ambassadeurs, il y eut le Vatican. Consultez les historiens sérieux, ils vous renseigneront.
Cette tribalité qui a fait ses preuves politiques s’est appuyée sur l’homme et la femme comme les premières richesses d’un royaume. C’est tout le contraire de la « Mammonisation » actuelle du monde qui mesure les hommes, les femmes, les Etats uniquement par les richesses matérielles. Notre monde est ainsi voué au dieu de l’argent que les Araméens appelaient Mammon.
Or, il en était autrement du temps du royaume Kongo. Si l’homme en était la richesse, cette richesse humaine était assise sur l’excellence d’une éducation qui formait les ntous ( les têtes, les élites). La grande marque de reconnaissance des ntous, était qu’ils avaient tous le bou mountou : un comportement marqué par de la personnalité forte qui reflète la dignité et se caractérise par des traits de l’élection.
Ce ne fut point une éducation réservée à une classe sociale donnée. Cette éducation tournée vers l’excellence fut donnée à chaque membre de cette société formée par des ntous, des élus. Cette société de la confiance élevait en son sein des hommes et des femmes d’honneur.
Il en suit que, contrairement, à la définition classique de la démocratie (qui voudrait que la démocratie soit seulement le gouvernement par la discussion), la démocratie, vécue selon la norme de la tribalité, se définirait plutôt par la discussion des femmes et des hommes dignes, des ntous, qui construisent la politique de l’honneur.
Si j’ai choisi de m’engager à mettre en place une politique de l’honneur dans la vie du Congo et une politique qui demeure de générations en générations, ce n’est pas le fait du hasard. C’est bien parce que je sais d’où je viens et de qui je tiens.
La tribalité est donc l’acte majeur de toute une communauté politique qui construit un lien indissoluble dans le temps et l’espace. Pour y avoir médité avec profondeur, les anciens ont pu nous laisser une merveille politique qui fonctionne toujours même après la destruction du royaume Kongo. En effet, des siècles après, les lignages permettent de recomposer une géographie politique des descendants du royaume kongolais.
Les descendants de la tribu ndamba, tsounga, mbémbé redéployent s’ils le veulent les institutions de lignage qui reconstituent la tribu et par-delà la tribu, le royaume, moyennant bien entendu une géostratégie de l’honneur.
La tribalité -on peut mieux le percevoir après ce parcours- vise la production de la prospérité qui est fondée sur l’homme et non sur la seule richesse. Par des mécanismes de régulation et de partage, cette communauté sait investir dans l’individu, acteur dans le même espace politique où il enrichira la communauté entière.
Les enjeux politiques énormes se gèrent ainsi par les acteurs membres de la communauté nationale. Ainsi la tribalité garde par son caractère d’acte collectif sa capacité de faire de la vie politique un lieu des secrets fondamentaux.
Dans le registre des secrets, sont compris ceux liés à l’objectif véritable visé par les fondateurs. Ceux-ci se réservent de la sorte, le droit de modifier la trajectoire, d’accélérer les objectifs ou encore de les ralentir selon les conjonctures. C’est en cela que le mariage entre tribu, acte collectif et association trouve sa pertinence dans la définition politique de la tribalité.
Cette définition crée aussi une base minimale d’adhésion. Elle ne force ni n’oblige quiconque à renoncer à son identité ou à sa souveraineté d’emblée pour coopérer.
Au fur et à mesure de la mise en place de l’engagement, l’acte collectif produit sa métamorphose dans la volonté de donner la confiance à chaque membre.
Le membre s’engage au fur et à mesure sur les bases des objectifs de prospérité qui se dégagent clairement mais progressivement. La souplesse associative permet toujours d’engranger ultérieurement d’autres évolutions dans l’objet.
Ainsi l’acte collectif de la tribalité féconde le cadre politique adéquat pour construire la prospérité avec l’esprit de la tribalité.
En tant qu’acte collectif la tribalité également utilise son autre caractéristique capitale : la gestion des finances par l’épargne et le crédit. Autrement dit la tontine.
Le grand problème du Congo actuel est l’incapacité à redistribuer de façon équitable les richesses que la nation produit
Dans ce sens, la tribalité fait naître un espace forensique (espace d’exposition public) où l’on met en jugement la pauvreté sous toutes ses formes et où les acteurs développent tous les moyens de puissance pour la combattre ensemble.
Par l’épargne et le crédit, en effet, la vie politique animée par la tribalité devient un lieu des réalités concrètes. Les acteurs politiques mettent en commun des moyens. Ils les donnent, et reçoivent. Par, là, ils dénoncent leur propre pauvreté et celle qui prive les autres membres de la communauté nationale toute réalisation sociale.
Ainsi les uns et les autres font des choix sociaux et politiques qui dénoncent la tyrannie des pauvretés.
Ils cherchent par l’acte collectif de la tribalité à créer une nation qui s’enrichit, mais n’enrichit pas seulement quelques-uns.
Sous cette manière de voir la tribalité, en tant que tontine, on peut dire que la tribalité est vraiment un acte collectif où les acteurs qui reçoivent de la nation, se donnent à elle en même temps. Ils se donnent et se contre-donnent pour féconder la vie de chaque membre et de la nation congolaise entière.
Intervenant dans le monde du projet individuel devenu exigu, la tribalité fait émerger de la somnolence des « nous» tribaux avides de s’affirmer par l’axiomatique de l’intérêt, un « nous » communautaire par lequel la nation congolaise devient une grande aspiration. Le nous de la tribalité est fondé sur l’axiomatique de la confiance.
Le mal du Congo est le Congolais car, le Congolais actuellement éloigne le Congolais. Nous formons un Etat virtuel. Divisé contre lui-même, la nation congolaise ne peut que mourir.
Dès lors, qu’il n’y a plus entre ces deux nous (nous de la tribu et le nous de la nation) de regard éloigné, on pourrait redouter des tensions telles que des intolérances risqueraient de s’instaurer ou des confusions d’un genre différent. Car, sur la terre des vivants, en effet, des “nous” se constituent. Ils s’organisent en affrontement ou en conciliation avec d’autres “ nous ”. Ou, enfin par capture des nous qu’ils dominent.
La tribalité pourrait donc être cette forme de l’intelligence politique par laquelle le Congo se bâtit.
Elle considère que plus il y a de liberté entre les Congolais (d’aller et venir dans tout le Congo, de se marier, d’exprimer ses opinions sans en souffrir, de faire des choix politiques par delà sa tribu) et plus de diversité, plus il est possible de faire vivre dans un système de solidarité cohérent,des hommes et des femmes animées par leurs intérêts individuels.
C’est sur le fondement de ce système de solidarité qu’ils s’associent selon leur régime de vérité. Celui-ci définit leur code éthique en vue de produire la prospérité au service de tous. Ainsi la tribalité devient une loi de la solidarité. Dans sa forme métapolitique, la tribalité, par la confiance qui la soutient peut être analysée comme le contrat social dont Rousseau a, peu ou prou, saisi la substance.
La tribalité est déjà saluée par de grands observateurs de la vie internationale, tel Joël Kotkin, qui dans son livre « Tribes », explique comment les diasporas réussissent aux Etats Unis et sur la scène internationale
Je conclurai donc, en trois points, sur la notion de tribalité :
Le premier point est l’éducation. Les gouvernements successifs du Congo, se sont caractérisés, particulièrement, par la destruction méthodique de l’école. Il est plus facile de régner en dictateur sur un peuple ignorant que sur un peuple instruit. Cette destruction de l’école est symptomatique de la destruction envisagée de tout notre peuple.
Il est facile à comprendre que, afin que le peuple ne se pose pas de questions, le discours des politiques soit d’ériger en ennemis les ressortissants d’autres régions.
Par le jeu des politiques tribalistes, les politiques arrivent facilement à développer l’image négative des tribus prises pour boucs émissaires.
J’ai pu constater que ce cynisme politique va loin. Longtemps on s’est imaginé que toute la population du nord était aux petits soins pour les régnants actuels. C’est mal connaître l’aveuglement que produit l’enrichissement sans cause qui les caractérise.
A Ollombo et dans les villages proches le pouvoir a remplacé les plantations et les écoles par des champs de drogue.
Au sein de la population du nord que j’ai rencontrée, l’idéologie qui a cours est celle du nzéla ya mokusé (le chemin court de l’enrichissement). Devant nos yeux s’écroulent toutes les valeurs des mbochis. La femme mbochi est victime de cette image de prostitution des mœurs qui la rabaisse aux yeux d’autres Congolaises et Congolais.
Ce déficit d’image est injuste. La belle fille mbochi doit être notre fierté comme les belles qui nous sont données ; dans toutes les parties de notre nation. Elle ne doit pas être le symbole de la débauche et de la décadence du pouvoir.
Il est évident que lorsque l’enrichissement forcené est au cœur de l’intelligence de toute une région, les habitants de cette région ne peuvent que de plus en plus s’appauvrir mentalement par la perte des valeurs qui donnent une meilleure manière d’être soi.
Ma qualité d’opposant à ce régime -qui va à sa perte et voudrait empêcher mon peuple du nord à acquérir une maturité avec laquelle il peut résister aux temps mauvais- m’oblige à m’insurger contre l’avilissement de notre population.
J’en suis fort inquiet, car dans une génération ou deux, cette partie de notre peuple, colonisée par l’amour effréné de l’argent, perdra tous ses repères. On y rencontrera la partie de la population la plus ignorante de vraies valeurs au Congo.
Je crains aussi fortement une poussée des violences, la recrudescence des viols, les pandémies du sida dues aux contagions d’un peuple peu préparé à l’exposition aux fléaux qu’il ignore et à la montée des crimes en son sein.
Sans que l’homme et la femme du nord s’en doutent, un plan de la caïnisation (de Caïn) de nos jeunes dans cette région fera, qu’à la longue, verser du sang d’un frère ou d’une sœur pour avoir une pièce de monnaie ne sera plus une question de conscience. C’est la perte du bou mountou, de la dignité qui s’annonce dans notre peuple du nord.
La population de cette région est devenue très fragile. Elle vit dans des îlots hétéroclites d’enrichissement et de sens. Il lui faut un ré-enracinement identitaire dans le bassin mbochi avant de ré-émerger avec des valeurs sûres dans cette modernité nationale. ******
Il faut arrêter cette volonté criminelle de destruction de la jeunesse de notre pays. La nation que la tribalité va construire, a besoin des forces vives de tout le Congo, de tout notre peuple.
Sans un peuple éduqué avec l’exigence du ntou, il est difficile de penser à une nation prospère.
Avec quête de la qualité d’élite dans notre éducation, il sera possible de tenir son rang à notre peuple parmi des peuples du monde qui travaillent avec la constante exigence de l’excellence dans l’éducation destinée à leur jeunesse.
Plusieurs modèles d’écoles, comme les écoles coopératives ou les écoles où, l’on apprend à apprendre, doublées du multilinguisme, aideront à remédier au grand déficit scolaire que les coureurs après les richesses nationales qu’ils vont enterrer dans leurs villages, nous laissent la charge de combler.
Notre tâche est difficile, mais elle est noble. Elle est de préparer par une école nouvelle, des citoyennes et des citoyens qui soient des ntou : des élites dont le Congo et l’Afrique ont besoin.
Le deuxième point est la répartition des revenus produit par la nation. Un ami, le Président de la Banque Générali, qui a lancé les hommes d’affaires, comme Monsieur Boloré, qui s’enrichissent sur le dos de l’Afrique m’a, lors du déjeuner au Fouquet’s, organisé par le Journal Entreprendre, fait cette confidence utile pour nous tous : « le problème principal du Congo est celui de la répartition des revenus, car votre pays est très riche ».
Cette confidence mise au creux de votre oreille devient pour chacun de nous un véritable défi. Saurons-nous arrêter cette capture des revenus que notre pays produit par un clan au pouvoir et qui songe à s’y perpétuer par des voies détournées d’une modification de la constitution que j’avais dénoncé dans notre site?
Certainement pas.
Casser ce système de captation des richesses nationales est possible, mais il faudrait, entre ceux qui le veulent vraiment, une indissoluble confiance et un extrême sens du secret que seule la tribalité permet.
Une fois ce système mis hors d’état de fonctionner et de nuire, il deviendra urgent d’instaurer un fonds pour un autre développement du Congo approvisionné d’une part de la richesse de la nation, et de la contribution des opérateurs et industriels installés sur le sol Congolais.
Une fois abondé, ce fonds serait investi par le mécanisme de l’épargne et de crédit dans les régions selon leurs vocations et en tenant compte des actes prioritaires qui réparent les méfaits des politiques tribalistes antérieurs.
Pour que ce fonds croît, il faut que les investisseurs nationaux et internationaux trouvent à notre absence de haine, de ressentiment, un code d’investissement qui donne des règles précises sans être obligés de corrompre fonctionnaires et opérateurs, par des passe-droits qui contreviennent aux règles éthiques que la tribalité postule.
Avec le respect des partenaires d’investissement, il sera possible, dans une relation de gagnant-gagnant de transformer les matières premières au pays.
Dans cette relation qui se tisse sur le fil du coopérer vrai, demander au partenaire d’abonder par le biais d’un impôt destiné au développement du Congo ne présente aucune difficulté. Avec des objectifs de croissance précis et une transparence sans faille dans l’affectation des fonds, tout investisseur se sentira acteur du développement dans l’Etat où il a établi le centre de ses intérêts d’investissements.
Que dirai-je sur ce point?
Par la politique de la tribalité, aucun acteur ne doit se sentir extérieur à la marche de la vie de la nation.
Ce fonds devrait également assurer de l’épargne pour des générations futures, car une nation qui oublie ses propres enfants, ceux appelés à nous succéder, pratique une véritable méso politique.
L’héritage qui te permet de vivre aujourd’hui, te vient d’une génération que tu n’as pas connu, l’économie de la tribalité commande de l’augmenter pour ces générations que tu ne verras pas, mais qui sauront que grâce à toi, aucun ne partira de rien.
Le troisième point porte sur les institutions. Le point de départ est l’étonnement de l’observateur smithien. Il constate avec horreur cette grande envie de retenir le pouvoir pour le pouvoir, sans bilans, sans succès, sans perspectives, sans contre-pouvoir, sans institutions indépendantes qui censurent des aberrations et des violations massives des droits de l’homme.
L’observateur smithien s’en retournera écœuré de voir qu’au XXI° siècle le Congo est encore géré à l’aveuglette, comme une chefferie des temps anciens.
Des questions multiples en découlent.
Comment mettre en place notre nation dans des conditions pareilles de rétention du pouvoir ?
Il y a certainement de la matière à réfléchir sur le délit de la rétention du pouvoir qu’un colloquant a évoqué avec raison.
Comment mettre en place des institutions qui fassent vivre le Congo dans la cohérence avec notre sociologie et notre tribalité ?
Comment assurer les conditions d’une véritable alternance politique sans que les Congolais se tuent?
De manière plus vive et actuelle la question qui se pose est celle de savoir : comment éviter la revanche qui tente chaque Congolais longtemps mis à l’écart du pouvoir et de ses bénéfices?
Une volonté de connectivité nationale des Congolais devrait ouvrir l’intelligence politique que donne la tribalité qui fait préférer le processus de construction du Congo -nation de tous les Congolais-, au chaos dans lequel nous nous engouffrons avec le Congo et ses Congolais.
C’est dans la tribalité que l’homme grandit. C’est à l’émergence d’une nouvelle nation stable, riche, concurrente, fraternelle dotée d’institutions qui tutoient l’éternité que la tribalité aide à construire. Une nation humaine et solidaire où l’homme participe à la construction tranquille et saine de sa société.
Dominique KOUNKOU



