Published: 27 juillet 2009 7:33 CESTPosted in: dans la presse
Rencontre avec M. Dominique Kounkou
Le rendez-vous avait été fixé un peu plus d’une semaine auparavant, via son assistante, en diagonale de son cabinet: 24 juillet 2009. Très bonne date avant les départs en vacances. Au menu: spiritualité, ragots des Congolais en mal de sensations et incultes qui ne font jamais l’effort d’aller chercher l’information à la bonne source, intimidations du pouvoir central de Mfoa, et bien entendu, la politique au sens noble du terme.
En bon avocat en plein exercice de son métier, l’homme arrive en costume cravate. Je suis devant le restaurant indien où il a prévu de m’inviter. C’est notre 2ème rencontre. Très courtois, il insiste pour me laisser entrer en 1er. Le personnel est très accueillant: en arrivant plusieurs minutes plutôt, et croyant M. Kounkou déjà dans les lieux, j’étais entré et j’avais pu apprécier leur sens de l’accueil. Une table pour 2, les hommes du service restent derrière vous, attendent que vous vous asseyiez et poussent la chaise vers vous. Après l’installation, pour notre 2ème rencontre, une chose me frappe encore plus: l’homme parle lentement, choisissant très bien ses mots et il faut faire extrêmement attention car il n’a pas du tout une voix de stentor! A la fin de notre entretien, je me rends compte que j’ai omis de lui demander comment ça se passe lorsqu’il plaide. Mais bon, c’est accessoire…
On discute pas mal spiritualité, et ce pasteur protestant me fait comprendre qu’il est plutôt adepte des réunions de prières chez des frères et des sœurs en Christ, plutôt que de se retrouver forcément dans d’immenses chapelles. Je le comprends aisément, car je n’ai jamais pensé moi non plus que la quantité induisait forcément la qualité (évidence que je tiens à rappeler tout de même).
On évoque nos familles respectives.
Sur le plan de la basse politique comme le pratique le PCT et ses satellites, il y a à boire et à manger. Nous évoquons les diverses menaces qu’il a subies des mois durant (sur lui, sur son entourage le plus proche). Il me remercie encore une fois pour ma réaction sur le site de www.congopage.com, où je répondais à un Congolais signant très courageusement quelque chose comme “officier supérieur et franc-maçon” (sic!). Je lui réitère ce que je lui avais déjà dit au téléphone et lors de notre 1ère et trop brève rencontre: j’ai une haute idée de la politique, même une très haute idée; pour moi, la politique, ce ne sont ni les insultes ni les intimidations vis-à-vis de ceux et celles que l’on considère comme ennemis. En politique, il n’y a pas, il ne devrait pas y avoir d’ennemis, mais des concurrents, à la limite, des adversaires. En politique, ce sont des idées qui doivent, qui devraient affronter des idées, et non pas la force physique. Les muscles du cerveau doivent se battre, et non pas nos biceps et autres quadriceps. En arriver à ce point là est bien la preuve que ce pouvoir est non seulement à bout de souffle, mas qu’en plus, il n’a rien à proposer de concret aux Congolais, aux Africains. Sinon, comment expliquer toutes ces méthodes dignes du monopartisme et d’un soviétisme suranné? Sms d’intimidation sur son gsm à son arrivée à Casablanca, mail vulgaire adressé à sa fille, accusation d’avoir fait tuer son épouse par strangulation combien même il était en compagnie de sa fille quand on les appelait pour dire que cette dernière avait un malaise. Au moment où Barack Hussein Obama a utilisé les NTIC à des fins nobles (on a vu comment cela a pesé lors de sa campagne présidentielle), les nôtres utilisent le Net pour semer la peur et la haine. Hélas! pour eux, la sauce ne prend plus. Les Congolais n’ont plus peur. Mais certains Congolais continuent dans l’accessoire: on ne cesse de lui demander s’il est franc-maçon. Ce qui a plus le don de le faire sourire que de l’agacer.
Sur le terrain de la vraie politique, celle des idées, des idéaux, sa vision des choses est claire, limpide et va bien entendu à l’encontre de ce qui se fait et se dit sur la Voix de son Maître, alias Télé Congo. Le Congo doit se battre, jusqu’au bout pour récupérer son argent qui a été volé. Il parle investissements locaux, des besoins de base de notre peuple et rappelle que jusqu’à présent, il n’a pas été virulent vis-à-vis du pouvoir, mais que, dans le climat actuel, il ne pourra plus longtemps se retenir et qu’il allait passer à une vitesse supérieure. De notre entretien, ce qui me touchera le plus, c’est lorsqu’il donnera cet exemple: Quand un frère est en train de se noyer, comment peut-on passer son temps à continuer dans les bassesses, dans l’accessoire, alors qu’il faut d’abord tenter de le sauver et revenir à autre chose après? Cette image est très belle, il assimile ce frère au Congo, notre pays qui, effectivement se noie, mais nous sommes nombreux à ne pas nous attaquer aux vrais problèmes.
Il fait partie de ces gens qui ont compris qu’il ne suffira point de changer les hommes, tant que le système sera en place, tant qu’il perdurera. Des choses qu’on n’entend que trop rarement dans les milieux politiques congolais.
Le repas fut bon, excellent même. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous devons chacun retourner à nos occupations.
Article publié avec l’aimable autorisation de :
Obambé GAKOSSO, July 2009©, All Rights Reserved




